Rencontre avec Marie-Hélène Corbin
En astrologie, la mythologie n'est pas nécessaire
Marie-Hélène Corbin est professeur de lettres et écrivain. Son prochain livre, Vive les élèves!, sort le 15 mars, aux Editions du Rocher.
Cette discussion s'est déroulée le 14 janvier 2000.

- Vous êtes agrégée, et vous avez de la sympathie pour l'astrologie.

Marie-Hélène Corbin - Je suis effectivement férue d'astrologie, et agrégée de Lettres Classiques.

- C'est-à-dire?

Marie-Hélène Corbin - Français, latin, grec. Le package complet! De quoi voulez-vous que nous parlions? J'ai lu vos autres interviews où vous abordiez les rapports entre l'astrologie et la religion. En ce qui me concerne, je suis catholique, je me considère comme étant profondément croyante. Mais je ne vois pas là de conflit avec mon intérêt pour l'astrologie. Pour moi, cette discipline -ne parlons pas de science- représente l'une des grilles d'approche de l'individu.

- Oui, écartons le sujet, d'ailleurs assommant, de savoir si l'astrologie fait partie des sciences exactes, des sciences humaines, ou ne mérite pas de réintégrer l'Université. A propos de votre sympathie pour l'astrologie, à quelle date remonte votre découverte?

Marie-Hélène Corbin - J'ai découvert l'astrologie à 19 ans, le jour où un ami m'a entraîné sur les Champs-Elysées chez AstroFlash. J'ai été frappée par certaines précisions. Je suis Vierge ascendant Scorpion et mon intérêt pour les insectes était là. J'ai été une vraie entomologiste, j'élevais mes chenilles, mes larves, mes coccinelles. De toute façon, j'ai toujours aimé ce qui a trait à la lecture de l'autre: la graphologie, la morphopsychologie, la chiromancie.

- Comment, de façon simple, expliquez-vous ces disciplines?

Marie-Hélène Corbin - Tout correspond, n'est-ce pas? Tout est cohérent, le microcosme, le macrocosme. Tout est signe: la position d'une planète comme une ligne de la main. Mais attention! Il faut être conscient des dérives possibles.

- Dans le cadre d'une consultation?

Marie-Hélène Corbin - Oui, il est facile de manipuler le mental, d'autant que chaque être est dans l'aporie, dans la souffrance, lorsqu'il vient consulter. C'est peut-être pour cela que je n'en ai pas fait ma profession, d'ailleurs.

- A quoi peut servir l'astrologie, selon vous?

Marie-Hélène Corbin - Même si l'on vient dans la souffrance, il faut se rappeler les espoirs, les anges. Eh, oui, je crois aussi aux anges. Que voulez-vous, j'ai Uranus en Maison IX. Ayant horreur des systèmes, j'ai ma liberté d'esprit. Et j'aime donner, guérir le doute, ramener l'espoir, la confiance. Je suis convaincue que l'astrologie est un levier de la connaissance de ce que chacun a de mieux en lui: un levier de trouvailles, de pépites, du trésor caché à l'intérieur de chacun!

- Certains sites web, des annuaires par exemple, opposent l'astrologie occidentale à l'orientale. En tant que spécialiste de la mythologie grecque et latine, comment réagissez-vous à ce genre de classification?

Marie-Hélène Corbin - Il n'y a pas une vérité. L'astrologie occidentale est un accès à l'individu qui n'est pas superflu. Mais l'astrologie chinoise peut être très précise. Il y en a d'autres, comme l'égyptienne. Cette diversité ne me choque pas. L'important est ce que l'on retire de tout cela. La vie est comme un hiéroglyphe, une source.

- Quel rapport entre les hiéroglyphes et la source?

Marie-Hélène Corbin - On vit dans les mystères, on avance dans l'ombre. Mais, parfois, on trouve des clés.

- Où est l'interrupteur?

Marie-Hélène Corbin - Il faut interpréter. Le hiéroglyphe est une clé. De temps en temps l'évidence, dans un sens cartésien, s'impose, claire et distincte.

- Je comprends que vous vous intéressiez à différentes techniques -ou cultures- astrologiques, mais, cependant, vous baignez dans la mer gréco-latine, de par votre formation.

Marie-Hélène Corbin - Mais l'astrologie remonte bien plus loin que la civilisation grecque, jusqu'aux sumériens, et au-delà! Pourquoi devrais-je m'arrêter à Rome ou à Athènes? La diversité et la cohérence de ces grilles se complètent au lieu de se déchirer.

- Quand vous voyez dans un thème un aspect entre Vénus et Saturne, vous n'avez donc pas des images de figures de l'Olympe qui vous viennent à l'esprit?

Marie-Hélène Corbin - Vénus, Saturne? Je me contente d'un rapprochement métaphorique avec l'histoire de ces dieux grecs. L'astrologie occidentale doit se dépouiller de ces symboles pour entrer dans le cœur vif de l'individu. Ce n'est pas la peine de revenir à la Guerre de Troie pour parler d'amour. Pour moi, c'est de l'ordre de la broderie, de la curiosité. L'étude des planètes et de leurs héros revêt un intérêt pour un exégète. Je conçois que l'on écrive des livres sur ce sujet, comme un essai de réflexion. Mais il faut dépasser le schéma métaphysique pour entrer dans l'individu. Dépassons les rapprochements oiseux. Dépassons la mousse, la fioriture. Concrètement, je veux mettre du positif dans l'être.

- Concrètement, dites-vous?

Marie-Hélène Corbin - Que nous propose t-on? Des éléments de conscience, certes, mais où est la vérité? A chacun de choisir ce qui lui convient le mieux. C'est la différence entre l'éclairage et la lumière. La mythologie offre un fonds commun de textes anciens. La mythologie est un passé limitatif.

- Jetons les anciens à la poubelle!

Marie-Hélène Corbin - Pas du tout. L'intéressant est dans le fait d'avoir un substrat, un arrière-fond de connaissance et d'espoir. Hic et nunc! C'est l'individu qui choisit. La mythologie est intéressante, mais pas nécessaire.

- Bref, l'étude abstraite ne vous passionne pas. Vous ne concevez pas l'astrologie sans le dialogue.

Marie-Hélène Corbin - La valeur efficiente repose sur le dialogue. Sur la manière de s'appuyer sur les points forts, sur les rythmes, c'est-à-dire les périodes favorables ou non pour tel ou tel projet. L'astrologie touche aux failles, d'où ses rapports avec la psychanalyse, mais aussi aux points lumineux. Sans dialogue, l'astrologie a trop peu de sens pour que cela m'intéresse.

Pourtant, dans le document sorti de l'ordinateur AstroFlash, il n'y avait pas de dialogue!

Marie-Hélène Corbin - Oui, c'est du kit, du prêt-à-avaler, cela n'a qu'une valeur relative. C'est bien ce qui écrit: c'est un flash, du tout cuit!

- Que retenez-vous de votre culture classique?

Marie-Hélène Corbin - J'ai une culture classique très ancrée.

- A quelle profondeur?

Marie-Hélène Corbin - Quatorze ans de latin. Douze ans de grec. Je me sens reliée dans le temps et soutenue par la pensée des auteurs anciens. J'aime aborder les auteurs modernes, les magazines, les médias, avec la distance qu'apporte l'histoire. Je ne pourrais pas me déplacer dans notre monde affolant sans une mise en perspective.

- L'astrologie est-elle intemporelle?

Marie-Hélène Corbin - Par certains côtés, oui. L'astrologie est surtout une clé pour ouvrir le monde et communiquer avec l'individu. Elle apporte un "supplément d'âme" dans le dialogue de l'autre. J'emploie à dessein une expression moderne.

- Moderne, donc.

Marie-Hélène Corbin - Et alors? Tout se répète. On n'a rien inventé.

- Vous disiez que vous étiez hors systèmes, dans l'invention.

Marie-Hélène Corbin - J'ai Vénus et Jupiter en Balance. Je suis aérienne, la Balance est un signe d'air. Mais je n'ai pas de maître à penser, pas de gourou. J'ai conscience de ma solitude dans le monde. Mais je le vis bien. Je suis exigeante par rapport à moi, et tolérante envers l'autre, du moins je m'y efforce. L'important est que chacun connaisse son axe et le cultive. L'astrologie permet de trouver son axe, de façon indivisible et particulière.

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