Rencontre avec Jacques Halbronn

"J'ai élaboré une astrologie qui se passe du thème natal"
Jacques Halbronn est historien de l'astrologie. Il a publié de nombreux ouvrages, dont le "Guide astrologique" (éditions Laurens), le Monde juif et l'astrologie" (éditions Arché).
Il peut être joint par e-mail à l'adresse jhalbronn@yahoo.fr ou par courrier adressé au centre de documentation: Bibliotheca Astrologica, 8, rue de la Providence, 75013 Paris.
Cet entretien s'est déroulé le 17 mai 2000 à l'occasion de son Colloque "Penser la dualité" des 20-21 mai.
Vous pouvez aussi lire le Programme du prochain Colloque: Week-end des 16 - 17 décembre 2000 et voir le graphique paru dans Ayanamsa en juin 2000 évoquant la situation actuelle au Proche-Orient.

-Les rayonnages de votre bibliothèque croulent sous les livres d'astrologie. C'est impressionnant!

Jacques Halbronn - J'ai suivi des études universitaires, des études orientales et de lettres françaises. Je suis chercheur. Je travaille sur l'astrologie mondiale, sur les cycles, sur une nouvelle approche épistémologiste. Je me suis spécialisé dans les textes astrologiques et prophétiques, notamment ceux de Nostradamus. Le sujet de ma thèse est d'ailleurs: "Le texte prophétique en France".

-Vous êtes donc un historien de l'astrologie et du prophétisme.

Jacques Halbronn - Oui, j'ai plusieurs casquettes. Je suis sociologue de l'astrologie, un observateur de la vie astrologique. J'ai publié des guides astrologiques. Depuis une trentaine d'années, je suis les itinéraires personnels des astrologues, et l'évolution des associations. Je participe, j'observe. Mais j'organise aussi des colloques, une cinquantaine déjà.

-Pourquoi des colloques?

Jacques Halbronn - J'aime permettre aux gens de se rencontrer, de discuter. Un colloque n'est pas un cours, un séminaire, mais la rencontre entre chercheurs. Il a même des vertus thérapeutiques, apportant une certaine humilité: on n'est plus l'astrologue qui sait tout. Les astrologues souffraient d'un certain isolement, d'une séparation de la communauté de leurs confrères, alors qu'il s'agit d'un métier dur, exigeant, étant donné le processus de transfert -toujours éprouvant- entre l'astrologue et le consultant. Le colloque est l'occasion de démystifier. On met de côté les certitudes affichées, on s'allège de ce fardeau qu'est le besoin d'un savoir absolu.

-Pourquoi organiser un colloque sur la dualité (les 20-21 mai 2000)?

Jacques Halbronn - On voit bien le refoulement de la dualité dans la société. Le colloque n'est pas seulement sur l'astrologie, mais sur le problème des différences: la femme, le juif.

Que veut-on dire par "l'astrologie prévoit"? De quel niveau de prévision parle t-on? Voyons! L'astrologie n'est pas censée expliquer n'importe quoi. Quelle est sa vocation? Quelle est sa philosophie? Le problème est que les astrologues ont du mal à déterminer le sujet de leur discipline. On est dans la totalité, il n'y a pas de limites. Tout cela est vague, général. Je souhaite sortir de ce flou et proposer un objectif: l'évolution du psychisme de l'individu le long de sa vie, non par rapport à des positions planétaires figées (le thème natal), mais par rapport à des phases. En résumé, il s'agit de deux cycles de deux fois 7 ans, soit 15 ans.

-Pourquoi associer dans le colloque, l'astrologie et la femme?

Jacques Halbronn - Comment la femme réagit face au problème de la tradition? Pourquoi la femme est-elle attirée par l'astrologie? Je fais un rapport entre la marginalisation de l'astrologie et le caractère féminin de l'astrologie, c'est-à-dire la vogue de l'astrologie chez les femmes.

-Comment l'expliquer?

Jacques Halbronn - Ne serait-ce pas en raison d'une irrationalité de l'astrologie permettant de remettre en cause la stabilité de la société? Comme une remise en cause d'une société machiste, dominée par le mâle rationnel, qui ne reconnaît pas l'astrologie. L'astrologie devient ainsi une révolte contre une société masculine dominante.

-Comment le judaïsme considère t-il l'astrologie?

Jacques Halbronn - Partout, il y a des courants favorables à l'astrologie dans les milieux juifs, et d'autres qui le sont moins. A ce propos, je compte réunir au sein d'une association internationale (la SIAJ) les astrologues juifs, pratiquants ou non. Mais, pour revenir à ma préoccupation d'aujourd'hui, il faut se demander les facteurs de dualité sous-jacente à la question juive: le juif et le non-juif, le relationnel du juif et son prévisionnel.

-Pourquoi?

Jacques Halbronn - Parce que cela pose de vrais problèmes, parce que beaucoup de juifs ont du mal à accepter de réfléchir en terme de dualité. Pour des raisons différentes, l'astrologue et le juif ont du mal à dire ce qui se passe. C'est en cela qu'ils ont des points communs. Les juifs veulent bien réfléchir, mais pas modéliser, de peur de devoir se dire que "notre destin est d'avoir des hauts et des bas". Du coup, ils le vivent comme une fatalité. Ils observent ce qui paraît être un destin collectif, mais observer n'est pas constater.

-Je voudrais revenir à votre théorie des cycles.

 Jacques Halbronn - J'ai essayé d'élaborer une astrologie très accessible, étant assez allergique à toute la sophistication des traditions (dignités essentielles,…), voire sceptique. J'ai essayé une astrologie différente: il n'y a pas, en effet, d'effort de vulgarisation des techniques prévisionnelles. On connaît l'ascendant, le zodiaque, etc., mais, en 50 ans, on ne peut pas dire que le grand public ait assimilé un concept prévisionnel précis. Les gens n'ont pas de culture prévisionnelle technique.

-Ils n'ont pas de culture astrologique?

Jacques Halbronn - Leur culture, c'est l'horoscope. Le système des signes zodiacaux des horoscopes publiés dans les journaux n'est apparu que dans les années 30. Mon objectif est de donner un outil, comme celui des signes du zodiaque, pour se situer dans le temps: pour pouvoir se dire, par exemple, je suis dans telle ou telle phase de ma vie.

-Cela apporte quoi?

Jacques Halbronn - Les astrologues s'intéressent au thème natal, mais ce n'est pas suffisant, il manque un système cyclique permettant d'expliquer pour quelle raison vous faites ceci ou cela à tel moment de votre vie. Il y a un décalage entre le jargon connu du grand public (l'ascendant, les aspects) et les techniques hermétiques utilisées par les astrologues. Il y a là un vide. Et j'ai fait des recherches qui m'ont permis de combler ce vide. Je voudrais que le public ait à sa disposition un langage prévisionnel qu'il puisse utiliser sans aide extérieure. Je trouve triste que l'astrologie se cantonne dans l'astro psychologie.

-Vous avez découvert un nouveau système?

Jacques Halbronn - J'ai élaboré un système sans passer par le thème natal, mais qui s'appuie sur des périodicités planétaires. Je ne réinvente rien. Il faut retrouver, empiriquement, l'astrologie primordiale et simple. Cette astrologie était sûrement liée au mode de vie de la société.

-Comment vérifier votre théorie?

Jacques Halbronn - Il faut retrouver une astrologie plus accessible, qui est toujours là, pas dans les livres, mais dans la vie des gens. C'est ce décalage qui m'intéresse entre la vie des gens et cette littérature astrologique. Internet me semble offrir des possibilités très intéressantes pour vérifier ma théorie en étudiant un large échantillon.

-Votre théorie des cycles de 7 ans?

Jacques Halbronn - Les choses se font en deux temps. Une phase 1: on esquisse, c'est une phase de gestation qui dure 7 ans. Puis une phase 2: on réalise, il y a une naissance, un mûrissement, c'est encore une phase de 7 ans. Les courbes ne sont pas individuelles, mais collectives, et dépendent de positions planétaires. Cela peut permettre aux gens de comprendre ce qui s'est passé dans leur vie. Sur 30 ans, par exemple, cela donne phase 1, phase 2, phase 1, phase 2. C'est la dualité, les choses se font en deux temps.

-Comment cerner l'intérêt de cette méthode?

Jacques Halbronn - Ce serait intéressant de poser la question suivante à un grand nombre de personnes: sur trente ans, avez-vous ressenti le passage de la phase 1 à la phase 2? Comment? On voit bien -il faudrait le démontrer- la prise de conscience d'une synchronicité de vie entre les personnes. Nous traversons ces changements de phase en même temps. Nous vivons les mêmes types de problème en même temps.

-A quoi sert l'astrologue, alors?

Jacques Halbronn - Bonne question. Les gens attendent quelque chose de simple, un outil disponible, sans le besoin de recourir à un spécialiste, l'astrologue. Les choses arrivent un peu de la même manière à tout le monde, il y a une tendance générale, un tropisme.

-Il existe bien une théorie des cycles en astrologie.

Jacques Halbronn - Il existe deux théories des cycles. Celle des combinaisons planétaires, des rapports planète-planète, ce sera le cycle Saturne-Neptune, Saturne-Uranus, etc. Et la théorie du cycle mono planétaire, du rapport planète-zodiaque. Je considère le passage d'une certaine planète sur des points particuliers du zodiaque, d'où mon système cyclique avec des phases de 7 et 15 ans.

-Quel est le prochain objectif?

Jacques Halbronn - L'astrologie n'est pas parvenue à vulgariser un quelconque modèle prévisionnel, ou elle n'a pas voulu le faire. L'astrologie du 21ème siècle mettra à la disposition du public un système prévisionnel cyclique, récurrent et simple.

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