Soleil en Vierge
L'inquiétude et la Vierge
La Vierge et les Poissons
Lune en Cancer
Gentille ou méchante, cest important une mère. La mère de Thérèse Desqueyroux, elle, n'était ni l'une, ni l'autre. Elle est morte en couches. Et son père ne semblait pas savoir l'aimer. Il l'aimait peut-être à sa façon, en payant les factures. Mais il ne la voulait pas près de lui, contre son coeur.
Son enfance a du être bien malheureuse, me suis-je dit, en refermant le petit livre. Comme elle a dû manquer d'affection ! Le livre de François Mauriac est mince, en nombre de pages. Mais chaque mot a son importance.
Une petite fille ne peut que se sentir responsable, inconsciemment, de la mort de sa mère. La campagne française est parfois si méchante. Et la petite Thérèse a dû entendre ce genre de remarque bien souvent: "Ah! Ta pauvre mère, elle sera morte heureuse, son 'sacrifice' n'aura pas été vain, tu étais un si beau bébé. Ne t'inquiètes pas, elle les a payés ses péchés, elle te regarde du paradis maintenant."
Quelle triste façon de venir au monde. Triste et inquiétante. Thérèse, je la voyais Vierge ce jour-là. Bien sûr, elle avait cherché à empoisonner son mari, mais ce n'était pas de la méchanceté, ce n'était pas le portrait d'une meurtrière dont on se souvenait. On imaginait plutôt une jeune femme au regard triste, inquiet. Une femme de la terre -la Vierge est un signe de Terre- qui est attachée à ses champs, à la propriété, à ce qui est concret.
D'ailleurs, au tout début du livre, à la deuxième phrase, Mauriac décrit son anxiété alors qu'elle attend le verdict: "Thérèse Desqueyroux, dans ce couloir dérobé du palais de justice, sentit sur sa face la brume et, profondément, l'aspira".
De la brume ...
La Vierge est inquiète. Elle est née à la fin de l'été, ou au début de l'automne, elle ne sait pas très bien. Au moment où les premières brumes du matin apparaissent. Fera-t-il beau ? Pleuvra-t-il ? Ces feuilles qui changent de couleur, cette sève qui perd de sa force, ces feuilles qui tombent. Un jour il fait encore chaud et doux, encore plus doux qu'un jour de printemps. Le lendemain, le mauvais vent fait trembler les arbres. Il y a de quoi s'inquiéter quand même.
Alors Thérèse s'attache à ce qui est matériel, y donne de l'importance. Sans nécessairement se l'avouer, elle doit redouter de perdre ses champs. Comment vivre sans son 'bien' ? C'est son héritage. Ce sont aussi les valeurs du père, pour qui le mariage est avant tout un contrat devant le notaire, une protection, un marché. Elle avait déjà perdu sa mère, comment aurait-elle pu aller contre son père ? D'autant que son mariage, à défaut d'épanouissement affectif lui apporte une sécurité matérielle. Et c'est important pour une Vierge la sécurité matérielle.
Ce n'était pas n'importe qui son mari, c'était un Desqueyroux. Elle c'était une Larroque. Les propriétés étaient voisines. Leurs destins seraient donc liés. On peut être méchant dans la campagne française, mais on est réaliste. La Vierge est réaliste, pratique, adaptée à la vie quotidienne. Elle sait compter, elle peut donner des baisers, être généreuse, mais elle sait, sans l'avoir vraiment appris, qu'un hectare plus un hectare font deux hectares.
C'est plus fort qu'elle, il lui faut du solide. Une femme Vierge m'a raconté que petite elle aimait s'enfermer dans un petit réduit, sous l'escalier de la maison. Le local, qui servait d'armoire, de garde-manger, était rempli de conserves, de boîtes. Elle était heureuse dans ce réduit, entourée de choses solides, qui se maintiennent intactes et sont nourrissantes. Des choses rassurantes. Ses parents l'aimaient, elle le savait, mais si elle pouvait être sûre, vraiment sûre, d'avoir à manger, c'était mieux.
Il faut offrir des fleurs à une femme Vierge, comme à toutes les femmes, mais il faut aussi toujours veiller à ce que le réfrigirateur et les placards de la cuisine soient pleins. C'est pour cela que l'on dit que la Vierge est collectionneuse, laccumulation, la quantité la rassure. Ce n'est pas la collection en soi qui l'intéresse. Elle ne recherche pas la célébrité, d'être dans le Guiness des records, pour la première collection du monde. Ce qu'elle veut c'est un prétexte -je fais une collection-, avoir une bonne raison pour accumuler tous ces objets.
De la brume ...
Toutes ces histoires de nourriture m'avaient donné faim, une petite envie de chocolat. Je n'en gardais pas dans mon bureau, pour éviter la tentation. Mais il s'était mis à pleuvoir, juste au moment où j'avais décidé de sortir en acheter. Ce qui n'était qu'une légère bruine s'était transformée en tempête. Je me retrouvais rapidement trempé, alors que les premiers commerces étaient encore à quelques centaines de mètres. Mais j'étais face à un hôpital, et je savais qu'il y avait là une buvette, qu'on y vendait aussi des confiseries, et même des journaux. Je décidai de m'y abriter. Grignotant ma barre de chocolat, je regardai par la baie vitrée de la buvette les infirmières qui passaient dans le grand hall, très sérieuses dans leurs uniformes méticuleusement blancs.
J'avais appris, et souvent vérifié, que les Vierge font de bonnes infirmières. Elles prennent à coeur leur travail. On peut aussi leur faire confiance pour bien compter les gouttes, les comprimés, pour toutes ces taches qui demandent de la régularité, de la précision, de la conscience professionnelle. Je pensais à Thérèse Desqueyroux, que je sentais Vierge, en train de préparer le poison pour son mari. Elle avait dû le faire méticuleusement, comme quand on veut à tout prix réussir une recette de cuisine. Attendant que la pluie se calme, je me suis souvenu que les manuels d'astrologie disent que "la Vierge est dans le dévouement", car c'est bien de dévouement dont il s'agit pour être infirmier ou infirmière.
La pluie était si forte que la lumière s'était obscurcie. La baie vitrée réfléchissait mon visage. Je devais être un peu fatigué, malgré la barre de chocolat, car je me suis mis à rêvasser. Je me suis revu dans un autre reflet, dans la vitre dun car.
J'étais parti en vacances dans mon village natal, au Brésil, ce qui, entre parenthèses, correspond à la symbolique du Cancer. Dans un car, jai rencontré une amie, que je n'avais pas revue depuis lenfance. Elle habitait aux Etats-Unis, à Boston, et était venue rendre visite à sa famille, accompagnée de son mari. Nous avions des souvenirs en commun, d'autant que j'avais moi aussi habité à Boston quelques années auparavant. Le mari américain faisait son travail de touriste et se concentrait sur le paysage. Cela nous permettait de bavarder, occupation typiquement tropicale. Le voyage était long, plus de six heures, nous avions le temps de nous raconter nos vies. Elle était devenue anthropologue et divisait son temps entre son enseignement à Boston, et son travail de recherche en forêt amazonienne. Elle me fit vite partager son enthousiasme pour 'son' village, où elle passait trois, six, mois tous les deux ans.
-"Y a-t-il a un magicien, un sorcier, demandai-je ?"
-"La sorcellerie est une affaire d'hommes. Les femmes en sont exclues mais elles se chargent du reste. Sauf de la recherche de nourriture. Le matin, les hommes partent à la pêche ou à la chasse. Et en rentrant, ils déposent leur gibier, ou le poisson, devant la porte de la case, comme une offrande à leur déesse. Les femmes, elles, s'occupent de leur case, leur maison, où elles habitent chacune avec leurs enfants, qu'elles sont seules à élever. Les hommes peuvent entrer un moment mais ne restent jamais dormir. Les gens sont très heureux. Dans ce village on habite en famille. Il n'y a pas d'argent, même pas de troc. Il n'y en a pas besoin. Pas de possession, de jalousie, de vol. Les femmes peuvent divorcer, se remarier. Le seul problème, c'est quand une femme a perdu son mari. Si elle n'en retrouve pas un rapidement, cela peut être dramatique. Elle peut mourir de faim, sans personne pour lui apporter à manger. Il n'existe pas de système de solidarité."Javais gardé de cette histoire limage dun village à léquilibre parfait malgré des femmes et des hommes aux occupations, aux vies diamétralement opposées. Sous la pluie, dans cet hôpital, j'ai pensé au zodiaque, où le signe de la Vierge est opposé à celui des Poissons. La symbolique d'un signe est liée à celle du signe opposé.
Lerreur de Thérèse Desqueyroux a été de se marier, non par amour mais pour fuir sa famille. En général, on ne retient delle que sa tentative dempoisonnement du mari. Mais Thérèse na pas le tempérament dune meurtrière. Elle sy prend bien mal dailleurs. Cest plus une femme, une mère frustrée. Pour moi, sa Lune est en Cancer, un signe dEau, sensible, perméable aux émotions. Malheureuse elle létait, avec un mari très peu démonstratif.